Des sols brûlants : température du sol par région
Site allemand : patchCROP (Tougma et al. 2026 ; ERA5-Land). Sénégal : étendue des 14 régions (CHIRPS, ERA5-Land, iSDAsoil, 0-20 cm).
Ce tableau de bord, expliqué simplement
Un modèle informatique du sol (AMPSOM) a été mis au point par Inès Astrid Tougma sur des champs allemands. Il simule comment les restes de plantes deviennent de la matière organique, combien de carbone le sol garde et combien d'engrais azoté se perd dans les nappes ou dans l'air. Ce tableau de bord confronte ces résultats aux sols du Sénégal.
Sol
La terre des champs et ce qu'elle contient d'invisible : le carbone et l'azote, qui font sa fertilité.
Rotations
L'ordre dans lequel les cultures se succèdent sur un même champ d'une année à l'autre, par exemple mil, puis arachide, puis mil.
Climat
La chaleur et la pluie, qui accélèrent ou freinent la vie du sol et la décomposition de la matière organique.
Du Brandebourg au Sénégal
Un modèle testé en Allemagne (région du Brandebourg), que l'on prépare à appliquer aux champs sénégalais.
1. Ce qu'on a appris en Allemagne
Aucune rotation ne gagne sur tous les plans : celle qui rapporte le plus n'est pas celle qui protège le mieux le sol. Un sol sableux perd plus d'engrais qu'un sol plus fin.
2. Ce que montrent les sols du Sénégal
Ils sont beaucoup plus chauds (environ 30 °C en moyenne, contre 10 °C en Allemagne) : la matière organique s'y décompose 6 à 7 fois plus vite. Ils sont aussi plus pauvres en carbone.
3. Ce qui se prépare
Choisir les zones où tester le modèle en premier, comme le bassin arachidier aux sols sableux, et relier le sol aux projections climatiques de SenAgriClim.
Ce qu'il faut retenir
- Le sol limoneux rapporte plus. Pour presque toutes les rotations, la marge brute sur 10 ans y est plus élevée et plus stable que sur sol sableux.
- Le sol sableux perd plus d'azote. Lessivage des nitrates et émissions de N₂O y sont plus élevés pour toutes les rotations.
- Diversifier stocke du carbone. Les rotations avec cultures intermédiaires, tournesol et maïs (R7, R9, R13) augmentent le plus le carbone du sol, mais rapportent moins.
- Aucune rotation ne gagne partout. R1 (colza puis 3 ans de seigle) maximise la marge mais stocke peu de carbone.
- Pour le Sénégal, le contraste est climatique. Le site allemand reçoit environ 550 mm par an, proche du bassin arachidier (508 mm), mais sous 9 °C de moyenne annuelle. Les zones sableuses du bassin arachidier et du Ferlo sont les analogues les plus directs du sol sableux étudié.
- Des sols plus chauds et plus pauvres en carbone. Les sols du Sénégal sont 18 à 22 °C plus chauds que celui du site allemand (10 °C, ERA5-Land) : le facteur de décomposition d'AMPSOM y est 6 à 7 fois plus élevé. Leur carbone organique en surface (3 à 9 g/kg, iSDAsoil) reste sous celui des deux sols allemands (8 à 11 g/kg).
Marge brute moyenne sur 10 ans
k€ par hectare, moyenne sur les séries météo.
Les cultures des rotations
Mettre AMPSOM en contexte : les six zones du Sénégal
Climat, production et rendements projetés de chaque zone (SenAgriClim), comparés aux conditions dans lesquelles AMPSOM a été calé. Cliquez sur une zone de la carte ou sur une carte de zone.
Zones écogéographiques et régions
Limites de zones indicatives (SenAgriClim, zones_senegal.py), régions GADM 4.1.
Pluie annuelle : zones du Sénégal et site d'AMPSOM
Moyenne 1981-2024 (CHIRPS) pour les zones ; 546 mm pour le site patchCROP (Brandebourg, 1981-2019). La barre montre aussi la tendance de la pluie en mm par décennie.
Médiane des modèles, par rapport à 1985-2014 (SenAgriClim). Valeur de zone : médianes régionales pondérées par la production.
Quelle zone pour un premier test d'AMPSOM ?
Critères factuels issus de SenAgriClim et de la description des zones. Aucun score n'est calculé : le choix du site pilote reste à discuter avec l'équipe.
Légumineuses = arachide + niébé, en part de la production des six cultures (moyenne 2010-2022, DAPSA). Sable : part de sable à 0-20 cm (iSDAsoil), moyenne des régions de la zone ; « sableux » à partir de 70 %.
Des rotations allemandes aux cultures sénégalaises
Sols du Sénégal : texture, carbone et température
Moyennes régionales iSDAsoil (30 m) et ERA5-Land (température du sol 0-7 cm, 1991-2020), extraites avec le script Earth Engine fourni. Les indicateurs dérivés appliquent les équations publiées d'AMPSOM.
Tableau complet par région
Texture et carbone : loin de la capacité de protection
Température du sol au fil des saisons
Carbone organique en surface et en profondeur
Réchauffement et vitesse de décomposition
Climat projeté par région : la pression sur les sols
Changement médian des indices de la saison des cultures par rapport à 1985-2014 (SenAgriClim, 8 modèles CMIP6 corrigés). Température et pluie pilotent la décomposition du carbone et le lessivage de l'azote dans AMPSOM.
Distribution par rotation et par sol
Chaque boîte résume les 501 séries météo : boîte = 25e à 75e centile, trait = moyenne, moustaches = 1,5 fois l'écart interquartile.
Effet du sol : écart entre sol limoneux et sol sableux
Fiche d'une rotation
Profil de performance : 1 = meilleur rang parmi les 15 rotations, 0 = dernier (rangs publiés, figure 7).
Rentabilité, azote et carbone : les arbitrages
Rentabilité contre environnement
Chaque point est une rotation (moyenne sur les séries météo).
Score multicritère
Donnez un poids à chaque critère : le score combine les rangs publiés (1 = meilleur) et classe les rotations pour le sol choisi.
Classement des rotations par indicateur
Rangs de 1 (meilleur) à 15, repris de la figure 7 de l'article. « CV » = coefficient de variation entre séries météo (stabilité).
Les deux sols du site patchCROP
Carbone organique selon la profondeur
Teneur en COS (%) des deux profils simulés.
Argile + limon selon la profondeur
C'est cette fraction fine qui fixe la capacité du sol à protéger le carbone sur les minéraux (MAOM).
Profils de sol (tableau 1 de l'article)
Le modèle AMPSOM
Comment AMPSOM représente le sol
Des compartiments mesurables en laboratoire (POM, MAOM) au lieu de pools conceptuels « actif, lent, passif ».
Pourquoi c'est nouveau
- Les pools POM et MAOM se mesurent par fractionnement : on peut caler et valider chaque compartiment, pas seulement le carbone total.
- Le radiocarbone (Δ¹⁴C) contraint le temps de renouvellement du carbone lent et limite l'équifinalité du calage.
- La capacité d'adsorption dépend de la teneur en argile + limon : le modèle s'adapte à la texture.
- Intégré à SIMPLACE (Lintul5, bilan hydrique, azote), il simule les rétroactions climat, plante et sol au pas journalier.
Limites signalées par les auteurs
- Calage et évaluation dans un seul climat (Brandebourg) et sur deux classes de texture seulement.
- Azote minéral mal reproduit (un seul pool, pas de dénitrification dans AMPSOM seul).
- Travail du sol non simulé ; modèle testé à l'échelle de la parcelle uniquement.
Paramètres calés : sableux contre limoneux
Tableau 5 de Tougma et al. (2025). Le rapport S/L montre où la texture change le plus le fonctionnement du sol.
Qualité de simulation selon la profondeur
Erreur (RMSE) rapportée à la valeur observée moyenne, en %, pour le carbone des pools POM et MAOM (tableau 6).
Physique du sol : ce que change un climat sahélien
Les équations publiées d'AMPSOM et de son module N₂O, recalculées en direct. Elles montrent pourquoi un transfert du Brandebourg (9,3 °C d'air, 10 °C de sol en moyenne) vers le Sénégal demande un nouveau calage.
Température et vitesse de décomposition
f_T1 module la dépolymérisation (éq. 8, Corbeels et al. 2005) ; f_T2 module l'adsorption sur les minéraux (éq. 9, Zhang et al. 2021).
Émissions de N₂O : les trois facteurs
Module de dénitrification de l'article EJA (éq. 2 à 5, constantes de Drury et al. 1991) : N₂O = potentiel × F_temp × F_wfp × F_Nmin.
Capacité des minéraux à protéger le carbone
Éq. 12 : part maximale du carbone du sol adsorbable sur les minéraux = 0,07 × (argile + limon, %), d'après Georgiou et al. (2022).
Lecture pour le Sénégal
- Avec les températures du sol ERA5-Land (28 à 32 °C selon les régions, contre 10 °C à patchCROP), f_T1 est 6 à 7 fois plus élevé au Sénégal : à apports égaux, le carbone du sol se décompose beaucoup plus vite. Maintenir le carbone demandera donc plus de résidus.
- f_T1 atteint son maximum à 36,9 °C puis décroît. En surface, les sols sahéliens peuvent dépasser cette température : ce domaine n'a jamais été testé avec AMPSOM.
- Les sols sableux (argile + limon faible) ont une faible capacité MAOM : le carbone y reste surtout sous forme de POM, plus vulnérable.
- La dénitrification demande des pores presque saturés (WFPS > 0,7) : elle sera concentrée sur les épisodes pluvieux intenses de l'hivernage.
Température du sol : valeur choisie par l'utilisateur, pas une mesure. Les paramètres de la fonction f_SWC (humidité) sont dans le matériel supplémentaire de l'article et ne sont pas reproduits ici.
Glossaire
Feuille de route : AMPSOM au Sénégal
Coupler la réponse climatique des rendements (SenAgriClim) et la dynamique du sol (AMPSOM) pour évaluer des rotations sous SSP2-4.5 et SSP5-8.5.
Questions de recherche
Données à réunir
- Paramétrage SIMPLACE pour mil, sorgho et arachide
- Profils de sol : texture et carbone (fractionnement POM/MAOM si possible)
- Essais de longue durée (fertilisation, rotations)
- Climat CMIP6 corrigé des biais (déjà disponible dans SenAgriClim)
- Pratiques paysannes : dates de semis, doses d'engrais
Prochaines étapes
- Remplacer les valeurs lues sur les figures par les sorties de simulation originales
- Choisir le site pilote (onglet Sénégal par zones)
- Coupler les sorties sol aux projections de SenAgriClim
- Préparer un article commun
Sources
- Tougma, I.A., Van de Broek, M., Six, J., Gaiser, T., Holz, M., Zentgraf, I., Webber, H. (2025). AMPSOM: A measureable pool soil organic carbon and nitrogen model for arable cropping systems. Environmental Modelling and Software 185, 106291. doi:10.1016/j.envsoft.2024.106291
- Tougma, I.A., Kim, Y.-U., Van de Broek, M., Grahmann, K., Olesen, J.E., Six, J., Pirzer, A., Faye, B., Hoffmann, M., Zentgraf, I., Hossain, T.M., Webber, H. (2026). Assessing the performance of crop rotations across two soil textures using a process-based cropping system model. European Journal of Agronomy 180, 128210. doi:10.1016/j.eja.2026.128210
- Hengl, T. et al. (2021). African soil properties and nutrients mapped at 30 m spatial resolution using two-scale ensemble machine learning. Scientific Reports 11, 6130 (iSDAsoil v1). doi:10.1038/s41598-021-85639-y
- Muñoz-Sabater, J. et al. (2021). ERA5-Land: a state-of-the-art global reanalysis dataset for land applications. Earth System Science Data 13, 4349-4383. doi:10.5194/essd-13-4349-2021
- Zanaga, D. et al. (2022). ESA WorldCover 10 m 2021 v200. doi:10.5281/zenodo.7254221
- SenAgriClim (Dr Ibrahima Diouf) : zones écogéographiques, pluie CHIRPS 1981-2024, production DAPSA 2010-2022, projections CMIP6 corrigées. huggingface.co/spaces/idiouf/SenAgriClim
Méthode et statut des données
- Boîtes des onglets Rotations, Compromis et Synthèse : valeurs lues sur les figures 3 à 6 de l'article EJA (précision indicative, quelques % de l'échelle).
- Rangs (Classement, score multicritère), profils de sol, paramètres et erreurs : valeurs exactes des tableaux et de la figure 7.
- Onglet Sénégal par zones : données de SenAgriClim telles que publiées. Climat de zone = moyenne des régions pondérée par leur part de surface dans la zone.
- L'ensemble météo HAPPI représente la variabilité du climat actuel (2006-2015), pas des projections futures.
Télécharger les données
Tous les fichiers utilisés par ce tableau de bord, en formats ouverts.
- rotations_indicateurs.csv - 15 rotations × 2 sols × 4 indicateurs (moustache basse, P25, moyenne, P75, moustache haute)
- rotations_rangs.csv - rangs publiés (figure 7)
- ampsom_parametres.csv - paramètres calés (tableau 5)
- profils_sol.csv - profils de sol patchCROP (tableau 1)
- gee_sols_senegal.js - script Google Earth Engine : sols (iSDAsoil) et température du sol (ERA5-Land) par région
- sols_senegal_regions.csv - sols (iSDAsoil) et température du sol (ERA5-Land) par région, sortie du script
- zones_senegal.csv - zones du Sénégal : pluie, production, projections (SenAgriClim)